Dominique Guillet sonne un appel pour la vie dans la revue No 6 de l'association Kokopell.
"Une nuit de pleine lune embrasée de feux de forêts d’eucalyptus australiens naufragés dans la vallée de l’Urubamba, près de Cuzco dans les Andes -sur les pentes déforestées et érodées de ce qui fut autrefois le berceau de la cornucopia des Incas et des peuples millénaires qui les précédèrent - Xochipelli le Rêveur rencontra Kokopelli le Porteur de Semences. Il lui asséna une question fatidique: il y a 14 000 années de cela, l’agriculture n’aurait-elle pas été le début du chaos social? Et il déclina coléreusement les dommages collatéraux de cette invention “tombée du ciel” après des millions d’années de chasse et de cueillette: surpopulation, monocultures, esclavage des animaux domestiques, établissement des villes avec leurs polices, leurs armées et leurs tribunaux afférents… et surtout, la destruction intégrale de la biosphère. Il lui asséna une seconde question fatidique: Monsanto, Syngenta, Bayer - et tous les criminels de l’agrochimie - ne constitueraient-ils pas l’aboutissement inéluctable de cette invention de l’agriculture? Jardin, gardien / warden, garden: les étymologies ne mentent jamais. Avons-nous donc, aujourd’hui, le droit ou le devoir de poser ces questions tabous? Surtout nous, l’Association Kokopelli, dont la mission essentielle est de protéger les semences libres, de favoriser l’expansion des jardins familiaux et de promouvoir toutes les techniques agro-écologiques qui permettent aux peuples de se libérer du joug des multinationales. Ce que nous faisons depuis 20 ans avec un enthousiasme d’autant plus expansif que nous sommes de plus en plus soutenus dans notre lutte pour la libération des semences et de l’humus. Au fil de ces deux derniers milliers d’années, les tambours qui rythmaient la vie quotidienne des Peuples Premiers, des Peuples Indigènes, se sont tus, à jamais, de la Sibérie au Congo, de la Chine au Pérou… et sur toute la planète. Ces peuples qui n’avaient pas inventé le concept d’écologie - puisqu’il ne leur était pas venu à l’imagination de détruire les écrins de vie qui les nourrissaient -furent annihilés inexorablement par un syndrome connu sous le nom de détergent blanc plus que blanc."